CRITIQUE : Les neiges du Kilimandjaro de GUEDIGUIAN

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   Les parents de jeunes enfants d'hier ou d'aujourd'hui se souviendront sans peine de cette bouffée de liberté que représente une soirée ciné / garde d'enfant. On a alors l'impression d'être passé dans la machine à remonter le temps. Quel ravissement de se retrouver à deux pour une toile, comme avant l'arrivée du loupiot. Ce plaisir est si rare que le choix du film revêt en ses circonstances une importance capitale.

     Dimanche dernier, nous avions choisi Les neiges de Kilimandjaro car un Guédiguian garantit de visionner un conte de gauche, sorte de récit naïf bourré de bonnes intentions et parsemé de références politiques. Un doux moment humaniste et militant en somme.

    Les neiges de Kilimandjaro porte bien la patte du réalisateur de Marius et Jeannette (1997). Il y a d'abord cette scène marseillaise barbouillée de lumière et peuplée d'une faune de petites gens. Il y a aussi l'équipe des fidèles interprètes (Ascaride, Meylan, Darroussin) qui s'étoffe de jeunes talents (Rocher, Stévenin). Il y a enfin cette inoxydable volonté de « faire sens », une gageure dans le paysage cinématographique contemporain. Seulement...

    Seulement, le conte vire un peu de la berceuse avec le temps. De film en film, le même format se repète et finit par lasser. Le débit des paroles est aussi lent que le jeu des acteurs à l'instar du geste d'invitation fraternelle tenté par Darroussin dans l'ultime scène. Il est si lent qu'il paraît déplacé, presque artificiel.

   La vie est bien trop policée dans l'oeuvre de Robert Guédiguian. Si elle est - par bonheur - en total désaccord avec le tempo du journal de 20 heures, elle l'est malheureusement aussi avec le rythme de la vraie vie. La scène de la prise d'otages à domicile fait toc à cause d'un montage lent de plans trop larges. Les conséquences de cette agression sur les deux couples de quinquas sont interprétées de façon à constituer un patchwork d'émotions – au final - peu raccord. L'illusion cinématographique laisse place à l'exaspération lorsque s'exprime le voleur nécessiteux (Grégoire Leprince-Rinquet). Ce Français bon teint qui ne regrette rien possède une diction parfaite, maîtrise sa colère et respecte les formules de politesse tout comme ses petits frères abandonnés à eux-mêmes par leur vulgaire de mère. Mais dans quelle utopie est-on ?

     La réponse à cette question se cache san doute dans le titre qui reprend celui d'un slow des années 60 *. Ce tube du siècle dernier évoque l'agonie d'un alpiniste dans les neiges immaculées qui ne cessent de rétrécir – Global Warming oblige - comme le cercle des « justes » que filme Guédiguian. Mais cette société n'existe plus. Monde syndical, prolétariat ouvrier, flic de rue en pantalon à pinces et couples stables avec enfants relèvent statistiquement du folklore. Si les luttes des travailleurs des « Trente glorieuses » ont gardé toute leur acuité, elles ne sont plus qu'un vague souvenir pour la majorité des spectateurs d'aujourd'hui. Les neiges du Kilimandjaro verse dans la momification jusqu'à la scène finale où tout finit bien entre pré-retraités militants. C'est peut-être cela vieillir à gauche dans la France de 2011.

     Mon voeu de spectateur à réenchanter serait pour 2012 que Robert Guédiguian réintroduise dans ses films cette violence poétique, cette brutalité du quotidien, cette nécessaire réalité qui faisait de ses films des outils d'édification des masses parvenant à intéresser au-delà du simple cercle des initiés comme a pu le faire Ken Loach sur le même thème avec Sweet Sixteen (2002) .

     Longue vie au cinéma populaire et aux distributeurs indépendants !

 

NOTE : La chanson Les neiges du Kilimandjaro a été écrite par Pascal Danel, chanteur- compositeur français qui débuta sa carrière en qualité de funambule à moto. Son autre succès planétaire est La Plage aux Romantiques (1966).

mardi 17 janvier 2012 11:18 , dans CULTURES


MOTORBIKE : U Mode

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   I met Lucas during a road safety conference. We spoke a long time together. I was leaning on a wall, he was sitting in a wheelchair. He described his accident which took place six years ago. It was in Spring. A car knocked him down. He fell into a coma for four months before he began a long rehabilitation.

    That night, it was difficult for me to get asleep. I had a bothering dream. I was appointed as Transports Minister. I had to find as soon as possible new measures to reduce road mortality.

    At first, I decided to transform road infrastructures. No more blind crossroads. No more slippery zebra crossings. No more killing trees. I also tried to rethink car interiors enlarging the front passenger's window. At last, I thought about the multiplicity of speed excess I did every day on my bike and I took a difficult decision : install the « U mode », a cruise control for urban moving. Turning my bike into a slow truck could be the solution to avoid Lucas's calvary.

 

NOTE : This is a short extract of my French article "Le Mode U" published on 2011-01-08.

dimanche 15 janvier 2012 11:45 , dans MOTORBIKE


MOTO : Vert de rire

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   Le Midi Libre a mis en ligne hier, sous la plume de Jean-François Codomié, un papier de sortie de tribunal comme on les aime tant. L'affaire jugée avait pour héros un Héraultais qui les accumule.

   Fraîchement licencié, cet ex-responsable commercial est un fana' de moto et de vidéo. Dans ces circonstances, quoi de plus naturel que de filmer le compteur de sa ZX 10 R débridée avionnant à 299 km/h sur l'autoroute A 75 ?

   Qu'en dire ? En bon anthropologue du dimanche, je tenterais de démontrer par l'absurde que le déclassement social est un processus déstabilisant.

    En effet, à la lecture de mon propos, il paraîtra évident que ce passionné a joué son va-tout dans l'espoir inconscient de se faire prendre. Il s'agissait pour lui de lutter contre le mal par le mal en mettant un terme au maelström de l'échec dans lequel il s'enfonçait. C'est réussi puisqu'il fait la Une de l'édition électronique du Midi Libre à la rubrique "Fait divers". Un vrai succès...

   Rouler à 299 km/h, c'est échouer dans la course de vitesse à l'interdit. Le sujet d'étude donne là un signe flagrant de frustration extrême. Il n'est pas parvenu à atteindre l'orgasme, symboliquement représenté par la barre des 300 km/h. Ce doit être très perturbant, sachant qu'au guidon d'une bonne vieille Suzuki Hayabusa, c'eût été les doigts (gantés) dans le nez.

   Outre cette remarque psychanalytique, il est à noter que la situation économique du sujet l'a obligé à pousser son moteur sur l'A75, une autoroute gratuite. La misère, je vous dis !

   Les commentaires qui suivent confirmeront la démonstration. Ce prolétaire sans le sou qui circulait avec un permis probatoire pour cause d'excès de vitesse à répétition n'a rien trouvé de mieux comme pseudo que « Z34680 » pour mettre en ligne la vidéo de son supposé exploit.

   Même sans connaître la « taquetaquetique du gendarme », on se doute bien que l'artiste roule en Kawasaki (« Z ») du côté de Saint-Georges-d'Orques (code postal : « 34680 »), soit à deux kilomètres de l'échangeur autoroutier le plus proche.

   Après un passage de logiciel de cybercrim' et une recherche sur la base de données des cartes grises, le délinquant routier était fait. J'espère pour lui qu'il ne téléchargeait pas les vidéos des séances de danse du ventre pratiquées à la maternelle du Sacré Coeur de Petaouchknock-la-Donzelle...

   N'oublions pas qu'internet est une fenêtre (Window) sur le monde qui donne aussi chez nous. D'une part, notre disque dur conserve tous les fichiers consultés même après de multiples effacements. D'autre part, notre ordinateur possède une adresse IP, sorte de carte de visite laissée partout où nous furetons.

   Je sais de quoi je cause parce que j'ai eu l'insigne privilège d'être l'un des mille premiers lauréats de la loi HADOPI 2 pour avoir téléchargé une poignée de films récents sur une plateforme américaine et que je viens de terminer l'excellent Millenium de Stieg LARSSON, polar dans lequel une certaine Lisbeth Salander fait des merveilles avec les PC des autres.

    Notre sujet d'étude aura tout le loisir de méditer à pied. Il pourra même économiser pour racheter sa propre moto aux enchères des Domaines puisque sa bombinette a été saisie par la justice qui semble s'y connaître en matière de bécane « verte comme toutes les bonnes Kawasaki qui se respectent » a dit, avant-hier, le président du tribunal de Montpellier, Philippe de Guardia.

vendredi 13 janvier 2012 13:28 , dans HUMEURS ET VAPEURS


MOTO : Les deux font la paire

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Légende : Clavicule de la pilote de cross Justine Charroux (avril 2011).

http://www.justine-charroux.com/fr


  Que deviennent les pilotes de MotoGP à l'inter-saison ? Vous devez certainement avoir une petite idée de ce que peut bien faire cette bande de têtes brûlées assoiffées de vitesse et, pour l'heure désoeuvrées : se rouler dans le stupre et la luxure ! Vade retro satanas !

   En réalité, ces jeunes gens policés rejoignent leurs proches pour se changer les idées après le boulot. Ainsi, le champion MotoGP 2011, Casey Stoner, a-t-il rejoint sa fidèle épouse en Australie pour l'assister dans les derniers mois de sa grossesse.

   La coupure sera de courte durée car la carrière de pilote  professionnel exige d'honorer les contrats publicitaires et de préparer la saison suivante.

     Du fait du changement du règlement en MotoGP avec l'arrivée des CRT et de la création de la Moto3, des pilotes sont restés sans guidon. Les négociations et la recherche des soutiens financiers se sont donc prolongés bien après la dernière manche à Valence. Ainsi, Randy de Puniet a signé son contrat pour courir sur une Aprilia CRT préparée par l'écurie Aspar à la fin du mois de novembre.

    Compte tenu de la vitesse à laquelle la masse musculaire disparaît en l'absence d'exercice physique, les pilotes ont rapidement repris le chemin de la salle d'entraînement. Certains y sont tout même allés un peu fort. Dovizioso (Tech 3) et Hayden (Ducati) y ont laissé une clavicule. Les deux font la paire.

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Légende : Andrea Dovizioso en salle d'op.

    Pour rappel, la clavicule est un un os du thorax en forme de « S » inversé. La "clavette" se constitue en 25 ans. Le pistard, sagouin par essence, ne prend aucun soin de cette unique liaison osseuse entre le tronc et le bras. En compétition, comme le pilote conduit en appui sur les bras écartés, la perte d'adhérence du train avant (ou lowside) ou la brutale compression de la suspension arrière (ou highside) exposent inévitablement les clavicules à des chocs violents.

     Les fractures sont très fréquentes sur deux roues, au tour de France comme au Supercross de Bercy. Dans 90% des cas, le traitement ne nécessite pas d’intervention chirurgicale.

    Les pilotes, sportifs de haut niveau, se font opérer en cours de saison afin de limiter la désastreuse baisse de résultats provoquée par les cinq semaines de convalescence forcée. La cassure est alors consolidée par l'apposition d'une plaque fixée par des vis. En 2011, Colin Edwards est parvenu à monter sur le podium du Grand prix d'Angleterre, seulement une semaine après son opération.

    Comment prévenir ce genre de mésaventure ? Les équipements, y compris ceux dotés d'airbag, ne font pas tout. Un travail physique adapté permet de renforcer les muscles qui enserrent la clavicule. La vitesse des chutes est si élevée que l'art de parer à la façon des judokas semble inutile.

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Légende : Position n°1 de l'échauffement par bébé albatros (National Geographic)

    La gestion efficace du temps de chauffe semblerait la meilleure des protections. Avant de monter sur la moto, imitez pendant cinq minutes l'albatros atterrissant sur la glace. Vos gauches battements de bras échaufferont vos muscles de gladiateur du dimanche et déstabiliseront vos adversaires.

    Quand le moteur sera chaud (autour de 90°C), vous prendrez le temps d'exécuter deux vrais tours de chauffe. Sachez que les pneumatiques montent en température quand l'air qu'ils contiennent est violemment brassé. Au lieu de zigzaguer à la manière de Niki Lauda, mieux vaut enchaîner les fortes accélérations et les gros freinages dans les zones dégagées. Prudence ! Piler sans prévenir est sans aucun doute le meilleur moyen de se briser toute une série de clavicules d'un coup.

   Quand tout est chaud, lancez-vous à fond sans oublier de sortir le casque en courbe car plus vous serez bas et moins vous tomberez de haut !

mercredi 11 janvier 2012 15:46 , dans MOTO PRO


MOTO : Mode U

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    Lucas* cache ses yeux derrière un large sourire. Il m'observe depuis son fauteuil roulant. La série de diapos de son accident qu'il vient de commenter m'a dégommé comme une quille de bowling.

     A l'écran, c'était le printemps. Un coin connu cent fois emprunté, un bout de droit après le défilé des lacets. Tranquille sur le filet de gaz. Bang ! La voiture arrête net la moto. Le guidon casse une jambe. Le parapet brise une main. Choc du casque contre un panneau de signalisation. Noir. Quatre mois de coma. Quatre mois d'oubli pendant lesquels le corps ne sait même plus respirer. Et puis un jour : réveil, les yeux remplis de larmes artificielles. Et puis, une vie qui se reconstruit autrement, à un autre rythme, celui du déambulateur.

    Ce témoignage écouté lors d'un atelier Sécurité routière m'a remué. Ce soir-là, j'ai gagné mon lit avec les boules, accrochées juste là, de part et d'autre du trou de la trachéo'. La fatigue a fini par avoir raison de mes cogitations au plafond.

    Me voici dans la lumière des flashs qui crépitent. Je suis balancé sous-secrétaire d'Etat en charge de la sécurité routière. Voilà ce qui arrive quand on lit la presse moto en période électorale avec de se coucher. Les questions des journalistes fusent mais je n'entends que le crissement de mes pas sur les graviers qui jonchent la cour de ce palais républicain. Je m'engouffre dans le hall et montre quatre à quatre les escaliers moirés pour gagner mon bureau. Porte. On me tend un dossier. Double-porte. Je lance le dossier sur le bureau Empire et m'affale dans un fauteuil hightech. Tourniquet face au mur clair. Silence. "Calme-toi, mon bonhomme". Re-tourniquet. « Mortalité routière » clame l'étiquette parfaitement centrée sur la couverture. De biais, un post-it est griffonné. Je reconnais la calligraphie parkinsonienne du ministre des transports : « Dossier à tuer ». Quel humour...

    Mon chef de cabinet entre. C'est Lucas. Il déroule un plan, me montre des cotes et me tend un devis. La somme est astronomique. Il s'agit de transformer les routes de France en véritables axes de circulation. Finis les glissières hachoirs, les fossés douves, les virages à angle droit, les carrefours aveugles, les platanes tueurs, les zébras patinoires, les plaques en fonte huileuses, les poteaux matraques.

    Les mots d'ordre rythment ma lecture à la manière d'un clignotant : visibilité, adhérence, dégagement. Les collectivités territoriales seront mises à contribution comme les sociétés d'autoroute et les compagnies d'assurance. Le comité de pilotage devrait s'appuyer sur les DDE et l'association des maires de France. Les défenseurs du paysage d'antan feront pression. Le souci reste la masse considérable d'expropriations à conduire durant les cinq ans de mon mandat.

   Dubitatif, je me tourne vers Lucas. En équilibre sur les deux roues arrière de son fauteuil, il me lance : « Le tourner à gauche, alors ?! ». La plupart des collisions entre une moto et une voiture surviennent dans cette configuration.

    Je lis le plan quinquennal échafaudé par une commission d'experts. Il prévoit la transformation technique du parc automobile. D'une part, l'habitacle des voitures serait modifié afin d'offrir une meilleure visibilité au conducteur. Le siège passager avant devrait être décalé en arrière, la surface vitrée de la portière droite serait augmentée afin d'accroître la visibilité et l'angle d'attaque du montant pourrait être agrandi. Les constructeurs sont invités à réinventer. Une prime à la casse est envisagée pour stimuler la modernisation du parc auto.

    D'autre part, les motos seraient équipées d'un phare diurne à éclats d'une puissance supérieure. Un feu clignotant à  haute fréquence, quoi de plus efficace pour être vu ?

    Je m'échauffe. Cela paraît envisageable si c'est accompagné d'un bon plan de communication. Mais voilà que Lucas attire mon attention sur une sous-chemise dénommée « Mode U ». Le long exposé des motifs met clairement en évidence que les caractéristiques techniques de la moto (rapport poids / puissance, couple, étagement des boîtes de vitesses...etc) facilitent la multiplication des excès de vitesse petits comme grands.

     L'équipe de rédaction propose la mise en oeuvre du contrôle de l'injection électronique en milieu urbain. Le mode U pour "Urbain" or Urban transformerait n'importe quel bouilleur rageur en anodine marmite.

    Avec des rapports longs et en sous-régime, la vitesse de croisière baisserait tout comme la consommation énergétique. Aux entrées de ville, des bornes Wifi déclencheraient un signal sonore et lumineux sur le tableau de bord. Le motard passerait en mode U d'un coup de gâchette sur le comodo de droite. En cas d'oubli, le signal sonore s'amplifierait et un décompte serait affiché au compteur. Après un certain laps de temps, ce dispositif couperait la puissance jusqu'à l'extinction du moteur. Ce mouchard chronométrique faciliterait l'éventuelle verbalisation des hackers de la courbe de puissance.  Je parcours le bilan de faisabilité. Tout le monde semble y trouver son compte.

    Je manque d'air. Je me redresse dans mon lit, moite. J'écoute l'obscurité. Bébé ronfle. Au loin sur le périph', la plainte d'un quatre cylindres déchire la nuit. Tout est normal.


Si le prénom a été modifié, l'histoire de "Lucas" est rigoureusement exacte.

    Roulez à votre main en ANTICIPANT le comportement des autres.

dimanche 08 janvier 2012 09:34 , dans DEMAIN ?


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